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Rosario d’Espinay Saint-Luc

 

Rosario d’Espinay Saint-Luc a trouvé en la pratique picturale la possibilité de se reconnecter avec la puissance des éléments naturels : des liens profonds qui ravivent en elle une lumière intérieure, des souvenirs qui l’amènent à se replonger dans les lieux qui l’ont vue grandir, en Colombie et en Equateur.


Au gré de ses voyages au contact de différents paysages, l’artiste écoute les sensations qui se présentent et les garde en mémoire. Rosario traduit les mouvements constants dans la nature, les flux, les variations de lumière, en quête d’une relation profonde avec les éléments vivants qui l’entourent. Dans les lieux où elle prend le temps de marcher, de se poser, de ressentir combien le soleil, l’air, l’eau influent sur son propre corps, elle tend à transcrire ses émotions et les phénomènes naturels qu’elle rencontre. Ses séries de peintures sont regroupées selon cinq éléments… se manifeste alors leur interdépendance.


Pour l’artiste, la peinture relève d’un engagement physique, d’une chorégraphie… Guidée par son souffle intérieur, son attitude de peintre l’amène à reconnecter son corps aux éléments naturels. Les couleurs venant se poser sur la toile, témoignent de gestes plus ou moins rapides, spontanés, précis, arrêtés, incarnant les changements permanents au sein des milieux naturels.


Caractérisées par de denses contrastes colorés et par d’intenses lumières, ses toiles invitent notre regard à circuler. Au fur et à mesure de notre attention, la multiplicité des variations de couleurs, les nuances, les entrelacements de couleurs nous ouvrent la voie à toutes sortes de pensées : une expérience sensible proche d’une méditation sur notre présence au monde parmi d’autres êtres vivants, humains et non-humains. Nous pouvons laisser aller notre esprit revivre d’autres sensations : la chaleur du soleil, le vent, la lumière qui nous attire, nous indique les chemins à suivre.


En peignant dans différents territoires qui la marquent par leur lumière, elle fait aussi confiance aux aléas climatiques qui influent sur ce qui émerge de manière fluide sur ses toiles. Eau de mer, vent, terre, gel, interagissent avec son support à la manière d’une co-création, en étant consciente des possibilités que lui offre chaque contexte où elle installe sa toile. En accompagnant les éléments qui rencontrent ses peintures, elle se sent pleinement en phase avec les éléments naturels qui l’environnent et face à des paysages où elle observe les origines de la vie.


Ainsi, l’ensemble de son travail artistique nous amène à reconsidérer avec attention l’ensemble des biotopes, à prendre soin de la biodiversité et à prendre conscience des interdépendances au sein des écosystèmes.


Pauline Lisowski

Critique d’art, membre de l’AICA



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A  propos des séries  TERRE et FEU


Ici l’artiste réunit deux séries majeures de son œuvre. Elle y orchestre une symphonie tellurique où les éléments primordiaux s’entrelacent dans un dialogue puissant et organique. Dans sa série TERRE, le sable volcanique, matière brute et ancestrale, se confronte au feu, force à la fois destructrice et « transmutatrice ». Ici, la combustion devient langage, un processus alchimique où la matière se consume pour renaître autrement.


L’œuvre, traversée par l’écho d’une Terre-Mère tantôt féconde, tantôt vulnérable, évoque une nature en perpétuelle mutation. L’humain y est à peine esquissé, mais sa présence imprègne la composition à travers les stigmates de son passage : sang et chair se fondent à la roche, rappelant la lave incandescente d’un volcan en éruption.


Cette tension entre destruction et création fait émerger une dialectique profonde : celle du feu comme principe vital, porteur à la fois de passion, de vie et de renouveau, comme dans la série FEU, mais aussi d’une violence inéluctable, miroir de nos confl its et de nos espoirs.


Un face-à-face où s’opposent guerre et paix, effondrement et résurgence, dans une chorégraphie de matières en fusion. Densité vibrante des rouges, vaporeux, organiques, mouvants, qui s’affrontent et s’épousent dans des contrastes intenses qui traduisent la pulsation de la forêt, la violence de la mémoire, la danse primordiale des éléments, lutte amoureuse entre l’ombre et la lumière.


Raphaël Bouyne



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 I et II, 2019. Diptyque, acrylique sur toile, 2 x 130 x 97 cm. 

A propos de l'oeuvre Amazonia I et II, 2019


Les peintures de Rosario d’Espinay Saint-Luc, toujours porteuses d’un élan, d’une énergie, d’une force, s’incarnent dans un style abstrait où la quête d’une fusion des formes semble essentielle.


Le tableau exprime un moment de vie où se conjuguent état de l’instant présent, réminiscences, sensations fugaces ou plus profondes, volonté d’appartenance cosmique au Grand tout, le tout animé par le jeu des couleurs et la franchise du geste. Le diptyque Amazonia, où des volutes de fumée rougeoyante semblent s’être emparées d’un air devenu uniformément saturé, étouffant tout, évoque immanquablement les feux de forêts amazoniens et le processus mortifère de la déforestation à grande échelle d’origine anthropique, détruisant, de pans entiers de l’écosystème.

Où l’abstraction rejoint le réel le plus crucial et le plus actuel.


PAUL ARDENNE,

Historien de l'Art

Critique d'Art

Commissaire de l’exposition « Forêt, vert fragile » 2023, bibliothèque de l'Alcazar de Marseille




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TTEXTE CRITIQUE par Marco Caccavo

 

Rosario d'Espinay Saint-Luc présente et partage sa recherche intérieure à coups de pinceau et couteau. Le sujet principal de son travail est la lumière créatrice qui prend la forme d'une abstraction matérielle.

 

À travers ses œuvres, elle recrée les éléments primordiaux et le spectateur entreprend ainsi un chemin initiatique guidé par l'éther, principe créateur.

En effet, les éléments se présentent sous différentes formes pour les êtres humains qui en font expérience, mais le principe créateur est unique et radieux pour le ciel et pour la terre.

 

Dans le Bleu, celui des grandes toiles aquatiques et des couleurs raffinées et délicates, on est immergés dans le grand océan de la lumière qui prend la forme de l'eau, de l’élément d'où la vie naît et où on se sent libre.

 

En continuant ce voyage, le spectateur, qui s'est fait eau, rencontre et se complète de son opposé : le feu. Ce dernier est le protagoniste des Rouges, où la couleur devient moyen pour la recherche de la profondeur. Parmi ces tableaux, la lumière révèle la puissance de la chair et du désir, représentée à la manière d'une force primitive, fécondatrice et destructrice.

 

 L'eau est devenue feu grâce à l’énergie créatrice, l'éther, qui anime le vivant de la terre et tous ses acteurs. Cette force permet la connexion entre notre sentiment d'absolu et la matière qui fait briller les étoiles dans nos yeux. Parce que l'éther est la nuance invisible qui donne la substance au présent, comparable à la volonté de puissance qui nous anime et nous fait entendre, malgré tout, ce monde comme beauté sans fracture.

 

Avec le cœur pur et naïf, il faut se faire prendre la main que l'artiste nous tend car elle nous guide dans le monde de l'humain. C'est dans cet esprit qu'il faut jouir du travail de Rosario

 d' Espinay Saint-Luc. Ses œuvres sont des invitations au voyage à l’intérieur de nous-même, des miroirs de notre irrationnelle volonté d'être au monde et de le vivre pleinement : volonté féconde comme l'eau, destructrice comme le feu, mais aussi sublime comme l’éther qui nous anime et nous fait sentir faire partie de la beauté du cosmos. 


 
Marco Caccavo

Critique d'Art




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